Des enfants, des départs, des ombres : les rêves d’un gang

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Adoré sur bookstagram, Le gang des rêves de Luca Di Fulvio a fini par me faire les yeux doux. Et entre les yeux verts étincelants de Ruth et les profonds yeux noirs de Christmas, j’espérais en prendre plein les miens. Et bien… Cela a été moyennement le cas. J’ai tenté d’analyser pourquoi.

Les personnages sont attachants. Indéniablement, ils représentent la ligne de force du livre. Tantôt courageux, tantôt malheureux, pleins d’espoir, de foi, d’amour ou de doutes, violents, aimables ou détestables, ils nous embarquent dans leurs aventures et ce sont les yeux fermés que je les ai suivis. L’auteur a été très bon sur ce coup : il a travaillé le caractère de chacun d’entre eux, leur façon de s’exprimer, leur destin. Leur nombre n’a pas fait défaut à leur qualité. Je trouve ça génial ! Mention spéciale à Sal, dont j’ai aimé l’évolution dans son rapport à Cetta, et surtout, sa façon rude de témoigner de son amour à Cetta et Christmas avec un vocabulaire presque insultant, et Lilliput, la chienne galeuse !

Autre point positif, et il est difficile de passer à côté, la trame ! C’est mené d’une main de maître du début à la fin, chaque petit détail trouve sa raison d’être, rien n’est écrit au hasard. J’ai vraiment eu l’impression de lire une histoire construite, pensée. Et si on ne comprenait pas tout de suite, on comprenait après, et si on ne comprenait toujours pas après, on pouvait toujours se dire qu’il y avait une bonne raison ! Cela dit, en dépit d’une trame riche en rebondissements, je n’ai pas été emportée du début à la fin, j’ai connu des moments d’ennui. Et je me demande s’il n’y a pas un tout petit peu trop de rebondissements… Mais la vie peut surprendre tellement de fois, alors pourquoi pas…

J’ai beaucoup de mal, en revanche, avec les viols à répétition. L’image de la femme en prend un coup et ça me gêne un peu. Ça me met mal à l’aise et je n’aime pas cette sensation.

Mais ce qui m’a gênée le plus, c’est le style de l’auteur. Il n’y est pour rien d’ailleurs, il s’agit d’une préférence personnelle pour une plume plus travaillée, que je n’ai pas trouvée. De plus, ce sont les mêmes mots qui reviennent pour décrire Christmas : la mèche blonde, les yeux noirs, ou le blond comme les blés… Cela m’a un peu lassée.

Dernière remarque : que d’erreurs dans l’utilisation des tirets… Alors qu’il n’y a pas de dialogue, la ligne commence par un tiret… C’est le genre de choses qui m’agacent,  cela gêne ma lecture, me ralentit, me détache de l’histoire. Quelques autres erreurs par-ci par-là, par exemple des guillemets ouvrant qui apparaissent en plein dialogue, ou une bouche qu’on ouvre grande, quand ouvrir grand la bouche suffirait amplement. Plein de petites choses qui m’énervent, et qui m’énervent d’autant plus que j’avance dans ma lecture et que les coquilles s’accumulent…

J’ai passé de bons moments avec cette lecture, j’ai aimé et détesté les personnages, j’ai été émue mais malgré ça, je reste déçue… Dommage.

Ce livre vous convient si à la fin de cet article, vous avez toujours envie de le lire, si vous n’êtes pas en recherche d’un classique.

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Quand les mots protègent et apaisent

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Vous êtes une femme, et grâce à Rupi Kaur, désormais, vous serez fière de l’être. Sûre de vous, de vos émotions (ou pas, d’ailleurs) et de votre valeur, vous ne serez plus victime de vos sentiments pour les hommes. Vous saurez leur donner leur juste mesure sans plus vous oublier pour eux. Pour les femmes qui ne se reconnaîtraient pas dans les cette description, tant mieux, vous connaissez déjà votre valeur, il ne vous reste plus qu’à vous délecter de cette poésie en prose…

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Au travers de ses expériences, heureuses et (surtout) malheureuses, Rupi Kaur trace le parcours, le sien, d’une jeune femme à la recherche de sa force de femme. Elle puise dans ce qui l’a détruite la résilience indispensable à sa reconstruction. Et elle le partage avec nous, pour nous aider à être aussi fortes qu’elle. Dans un contexte où le tag #metoo (permettant aux femmes ayant été victimes d’abus sexuels de sortir de la loi du silence) connaît une (bien trop) forte popularité sur Twitter, ce livre panse les blessures, ouvre la voie, allume une veilleuse afin que plus aucune femme ne soit seule dans le noir.

Je suis admirative devant la succession des « chapitres ». Quatre parties composent milk and honey : the hurting, the loving, the breaking, the healing. Comprenez la blessure, l’amour, la rupture, la guérison. Contrairement à ce que l’on peut connaître de la poésie quand on n’y connaît rien pas grand-chose, les poèmes ne débutent pas par le titre. D’ailleurs, bon nombre d’entre eux n’en ont pas. En revanche, et en tant qu’apprentie écrivain je trouve ce « stratagème » absolument génial, certains textes se concluent par un mot, noté un peu en retrait, un titre à la fin. Et si c’est si génial, c’est parce que Rupi donne à ces titres un fort pouvoir évocateur. Parfois, le « mot-clef » de son poème n’est qu’implicite, et le titre lui donne tout son sens.

Autre points forts à mes yeux : les illustrations. Elles ajoutent une note finale à la poésie, donnent du sens, et tout ça, comme pour les mots, avec une authenticité désarmante. La facilité d’accès aux textes, grâce à l’emploi d’un vocabulaire simple, qui va droit au cœur et permet de lire le texte en version originale même sans être bilingue.

livres

milk and honey est le premier recueil de Rupi Kaur. Son deuxième livre, The sun and her flowers (on notera l’utilisation du « her », petit « bousculage » grammairien féministe) est déjà disponible outre-Atlantique. Il me tarde de le lire, en VO toujours.

Ce livre vous convient si : vous êtes une femme, vous êtes féministe, vous êtes un homme et vous voulez comprendre ce que ressentent les femmes, vous aimez la poésie, vous êtes allergique aux poètes classiques, votre vie est une quête sans fin de sens, vous aimez la beauté sans artifice.

Mon exemplaire de milk and honey a été acheté à la Fnac à 13 euros et quelques. Je pourrais vous citer quasiment tout le bouquin, mais j’ai choisi de m’arrêter sur ce poème-là:

« you wrap your fingers

around my hair

and pull

this

is how you make

music out of me

foreplay ( texte accompagné du dessin d’une harpe)

 

Sanctuaire : qu’auriez-vous fait à la place de Temple Drake ?

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Fermez les yeux. Vous êtes une jolie jeune fille, vous avez dix-huit ans et vous sortez un soir avec votre petit ami. Un ivrogne. La recherche d’alcool de votre compagnon vous mène en rase campagne, où il n’y a rien d’autre qu’une grande maison, perdue au milieu des collines. Des gens auxquels on ne donnerait pas le bon Dieu même (et surtout) après confession déambulent dans cette maison. Des gens ? Des hommes, surtout. Il fait nuit, vous êtes une jolie jeune fille de dix-huit ans, vous voudriez être partout ailleurs plutôt qu’ici, et vous êtes coincée dans cette grande maison. Rouvrez les yeux, Sanctuaire est le cauchemar de Temple Drake, pas le vôtre.

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William Faulkner raconte ici, dans une alternance entre passé et présent, l’affaire criminelle dont Temple Drake est victime victime. Je barre le mot victime parce qu’au final, je n’ai pas compris si toute cette affaire se passait avec ou sans son consentement. Peut-être sans au début, mais après…? Il est également question du meurtre d’une des personnes qui défendait Temple. Difficile d’être plus claire quand refermer le livre est un soulagement tel que la compréhension de l’intrigue devient secondaire.

J’ai eu l’impression de lire un roman comportant autant d’ellipses que de signes de ponctuation. C’est dire. J’ai dû revenir plusieurs fois plusieurs paragraphes sans que ces relectures atténuent de quelque manière que ce soit mon incompréhension. Ô rage, ô frustration, est-ce la faute de mes neurones ou d’une distraction ?

En revanche, j’ai aimé la construction de la temporalité du roman. Le passage du passé au présent permet aux lecteurs de voir les réactions de différents protagonistes alors qu’on ne sait pas encore très bien de quoi il s’agit ni qui est concerné. Le livre n’est donc pas dénué de tout suspens !

J’écris qu’on ne sait pas de quoi il s’agit, mais c’est un demi-mensonge. Parce que la couverture de mon édition Folio est plutôt explicite, que la quatrième de couverture laisse peu de place au doute et que la préface, de toute façon, vend la mèche – ou plutôt l’épi de maïs – avant d’avoir  [ SPOIL ] tué Tommy ou violé Temple [ FIN SPOIL ]. Le viol annoncé a beaucoup gêné ma lecture. C’est là un sujet sensible pour moi et je n’avais qu’une hâte, de lire ce passage et passer à autre chose. Mais Faulkner tourne autour du pot, il en parle sans en parler, sans poser de mots ou de gestes décrits dessus. J’attendais donc quelque chose qui n’est jamais arrivé et cela m’a déstabilisée.

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Sanctuaire est le premier roman que je lis de cet auteur. Faulkner m’avait été conseillé par quelqu’un dont je ne doute pas, encore aujourd’hui, du goût en matière de littérature. Je ne dis donc pas que je ne lirai plus cet auteur, mais il va sûrement se passer un certain temps avant que je n’ose à nouveau me frotter à lui !

Ce livre vous convient si : vous êtes déjà amoureux(se) de Faulkner, vous vous ennuyez quand l’intrigue est trop limpide, vous pensez que Popeye n’est pas seulement le mari d’Olive, vous êtes fatigué(e) des bestsellers, vous m’idolâtrez déjà et voulez tout faire comme moi.

Mon exemplaire de « Sanctuaire », déniché à 3€, a été publié chez Folio en 1972 (traduction française). La préface d’André Malraux date de 1949. L’ouvrage compte 374 pages dans lesquelles j’ai relevé 17 jolies formulations (il est possible que j’en ai laissé filer une ou deux!). Voici l’une d’elles :

« Je pourrais même lui dire que j’ai crevé [un pneu] ironisa Horace. Le temps n’est pas une si mauvaise chose, après tout. Employez-le comme il faut et vous arrivez à étirer n’importe quoi, comme un élastique, jusqu’à ce que ça craque d’un bout ou de l’autre, et que vous restiez là, avec toute la tragédie, tout le désespoir, comme deux petits nœuds entre le pouce et l’index de chaque main. »